Jeudi 18 août 2011 4 18 /08 /Août /2011 11:00



       Bon, ça ne sera un scoop pour personne : poussés vers la sortie par les décisionnaires de la maison et par une plateforme technique à demi-moribonde, les blogueurs Allociné sont contraints – mais est-ce vraiment une mauvaise nouvelle ? – de migrer vers d'autres horizons over-bloguiens. "Mon humble avis", comme tous les autres, va bientôt suivre le mouvement d'ici quelques jours. Quand, précisément, on ne sait pas trop...

        Après presque 3 ans d'activité (33 mois pour être exact) et plus de 120 articles publiés – soit une paille en comparaison d'autres routards de la blogosphère, mais quand même un gros boulot mine de rien –, l'occasion m'est donnée de changer d'air en fermant définitivement ce site, et ce alors qu'il vient de dépasser la barre hautement symbolique des 100 000 visiteurs. Parmi les fidèles et les moins fidèles, qui ont du se taper mes pavés critiques en mode "apnée" et y ont déposé quelques 300 commentaires (hors spams et réponses de ma part), les amigos Chris, Gabriel et Mymp ont été les premiers à découvrir et/ou faire connaître ce blog, ce pour quoi ils conserveront ma reconnaissance éternelle por secula seculorum.




                
                     
                 
   

        Le site m'a pas mal accompagné (et vous aussi j'espère !) au cours de ces trois dernières années ciné, lesquelles ont réservé leur lot de merveilles, de déceptions et de débats en tout genre. La suite ? Elle est en suspens... Le transfert des données se fera vraisemblablement vers l'adresse suivante, pour l'instant en version d'essai : ***** http://humble-avis.over-blog.com/ *****. Site sur lequel je publierai désormais moins, ou en tout cas moins régulièrement, vu l'emploi du temps chargé qui se profile pour les prochains mois... Ce qui ne m'empêchera pas d'écrire de temps en temps sur les dernières sorties ou de consulter sans faillir toutes les (bonnes) adresses blogueuses qui figurent, comme il se doit, à la droite de votre écran.

        En attendant la création du nouveau support et la disparition de l'ancien (programmée pour décembre, lorsqu'il expirera sous les coups de boutoir des "telecharger emule" et autres "XdFrtY" purulents), les derniers internautes égarés sur ces pages pourront jeter un œil à l'index critique pour y (re)trouver l'article de leur choix, tous recensés par ordre alphabétique, d'A serious man à X-Men le commencement, de WALL.E (novembre 2008) à Cars 2 (août 2011), en passant par tous les Inception, Oncle Boonmee, Tokyo ! et Quattro Volte du monde. Merci à tous, et à bientôt !

         Ce blog s'auto-détruira dans cinq, quatre, trois...

       


James Coburn. Carlotta Films



Par fredastair
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Dimanche 7 août 2011 7 07 /08 /Août /2011 11:50

 



Cars 2, de John Lasseter et Brad Lewis (2011), avec les voix (VO) d'Owen Wilson, Larry the Cable Guy, Michael Caine, Emily Mortimer, John Torturro, Eddie Izzard, Thomas Kretschmann, Bonnie Hunt et (VF) Guillaume Canet, Gilles Lelouche, Lambert Wilson, Mélanie Doutey, Bernard Gabay, Bernard Alane, Cécile de France...


           Le studio Pixar est-il arrivé à la croisée des chemins? La quasi-irréprochable firme de films d'animation connaît aujourd'hui une phase de transition (en réalité amorcée depuis deux ou trois ans déjà) qui, si elle n'est pas catastrophique, demeure suffisamment importante pour qu'on puisse se poser la question. En bonne partie construite sur une poignée d'œuvres précoces, en réalité imaginées dès la sortie du premier Toy Story (au cours d'un désormais fameux "déjeuner" entre le quarteron de scénaristes de la maison), la notoriété du studio tenait à un credo : la création toujours renouvelée de récits et d'univers entièrement originaux, universels, aptes à enchanter tous les publics. Or, cette perspective ô combien excitante de découvrir un nouveau monde ''pixarien'' chaque année a été enterrée en même temps que WALL.E, dernier de ces projets ''originels'' à voir le jour, et au même titre que Newt, ébauche alléchante, neuve, hélas morte-née avant d'avoir été mise en chantier. L'avenir de l'usine à merveilles s'annonce plus routinier, horizon bouché par les suites à répétition (après Toy Story et Cars, c'est le préquel de Monstres et cie qui, à son tour, est programmé pour 2012) et les adaptations littéraires (le conte écossais Brave), soit une grande première dans son histoire. Une décennie de recyclage pour la maison, synonyme de parcours sans fautes dans l'imaginaire collectif ? Pas de quoi s'affoler non plus. L'éblouissant Toy Story 3, par exemple, était venu démontrer l'an dernier que séquelle ne rimait pas toujours avec facilité ni panne d'inspiration. Et puis, après le formidable essor ''adulte'' pris par le studio depuis Ratatouille, il fallait bien que le niveau baisse un petit peu, redevienne raisonnable. Car il ne faudrait pas non plus faire semblant de croire, au risque de desservir sa cause, que Pixar n'a pondu QUE des chefs-d'œuvres définitifs en vingt-cinq (petites) années de carrière : des films comme Le Monde de Nemo ou Les Indestructibles, très bons divertissements par ailleurs, ne dépassent pas tout à fait ce stade.


The Walt Disney Company France


The Walt Disney Company France



John Lasseter, boss de Pixar et co-réalisateur de Cars 2


            Des films relativement mineurs, l'équipe de Lasseter en compte quelques-uns ; ce genre d'œuvres carrées, finies, ayant épuisé leurs potentialités et qui, par conséquent, appellent d'autant moins une séquelle. Des films dont le premier Cars, précisément, fait partie... C'est un peu le problème : reste ce Cars 2 dans l'affaire, dont il nous faut bien parler malgré le léger embarras qu'il cause. A première vue, cette nouvelle aventure des bagnoles de Radiator Springs est placée sous le signe du nouveau. Autant le premier épisode restait sur le bas-côté et délaissait la vitesse – au profit d'un plaisant récit d'apprentissage très intimiste, presque au point mort –, autant celui-là s'engouffre joyeusement dans tout ce que son prédécesseur semblait refuser. Voici donc Flash McQueen et Martin la dépanneuse embarqués malgré eux dans un imbroglio international, impliquant courses de rallye et obscur complot pétrolier, guidés dans leur tâche par le sémillant Finn McMissile, une Aston Martin au service de Sa Majesté, véritable sosie carrossé de Sean Connery... Spectacle décomplexé, Cars 2 laisse de côté les états d'âme et la mélancolie prégnante des précédents Pixar (formidable vecteur d'histoires et d'émotions, qui menaçait cependant de tourner à la ''formule'' sur la durée, avec ses mêmes thèmes invariablement ressassés depuis Nemo : réalisation d'un deuil par le voyage, reconquête de son avenir...) et préfère foncer dans le tas. Sans abandonner toute noirceur, puisque des voitures s'y font torturer, électrocuter, compresser ou réduire en miettes, le film en reste à une noirceur de surface, typique d'un James Bond, parfaitement intégrée à sa dimension de grand-huit cartoonesque. Revenu aux manettes, Lasseter avoue sans ambages ses intentions, celles d'associer ses deux passions pour l'automobile et le film d'espionnage, de secouer un peu façon shaker... puis de voir ce que ça donne. Et à vrai dire, l'idée n'est pas mauvaise : l'imaginaire du bolide, du gadget, de la course-poursuite (autant d'attributs ''masculins'' par ailleurs) est indissociable de la mythologie des 007, auxquels il est fait ici plus d'une allusion pertinente.

             Pourquoi le collage, a priori probant, s'avère alors aussi hasardeux à l'écran ? Parce qu'il est clairement le fruit d'un gros délire, celui de Lasseter himself, dont personne n'ira manifestement contester les choix ni les caprices au sein de la production (à plus forte raison depuis que le Big Boss à chemise hawaïenne dirige carrément le département artistique de la maison-mère, Disney) ? Toujours est-il que cette intrigue à tiroirs, touffue jusqu'au confus, s'accorde mal avec un ''world tour'' plutôt stérile qui n'accouche de pas grand chose, sinon d'une épuisante machine à gags (étonnamment enfantins) et à scènes d'actions. En une explosion ininterrompue de couleurs, de pétarades, de personnages et de clins d'œil, Lasseter se fait plaisir, en totale roue libre... quitte à laisser plus d'un spectateur sur le bord de la route. A l'inverse, la réussite des précédents Pixar tenait à un minutieux travail d'écriture en amont, témoignant d'une grande volonté de contrôle (les mécaniques scénaristiques de WALL.E et de Toy Story 3, d'une fluidité hallucinante) ou de sobriété (la belle épure classiciste de Là-Haut). Cars 2 a beau fourmiller de bonnes idées ou de détails savoureux, ceux-ci partent dans tous les sens, quand ils ne tombent pas comme un cheveu sur la soupape : c'est que l'édifice du film ploie sous leur trop grand poids, faute d'un squelette narratif suffisamment solide pour les soutenir. Paradoxalement, cette veine va-va-voum du studio, déjà remarquée dans Les Indestructibles (lui-même... relecture de James Bond), est plutôt génératrice d'ennui. Une preuve de ce manque à gagner ? L'intrigue, éparpillée aux quatre coins du monde, réussit le challenge de nous intéresser cent fois moins que celle de Toy Story 3, pourtant limitée à une poignée de pâtés de maisons.


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Flash McQueen, star des circuits, et son fidèle ami Martin la dépanneuse se rendent à Porto Corsa, en Italie, pour le premier Grand Prix Mondial. Le duo va devoir délaisser les plaisirs du pays -le bateau, les plages et la pasta al pesto- lorsque Martin se retrouve impliqué dans une mission d'espionnage top secrète et que McQueen va concourir contre les plus grands champions du monde !. The Walt Disney Company France


 

            Tout autant qu'un problème de scénario, c'est typiquement un problème d'identification avec les personnages (ce qui revient au même) : Cars 2 ne touche pas au cœur parce que Flash McQueen n'est clairement pas Woody le cow-boy, et que Martin la dépanneuse n'est pas WALL.E. La tristesse des héros pixariens, si elle était répétitive, avait au moins ce mérite d'approfondir le spectacle d'enjeux philosophiques et émotionnels, ici éclipsés au profit d'un éloge de l'amitié indéfectible qui, dans la ''bouche'' des bolides rutilants, sonne assez faux. Puisqu'on parle d'antropomorphisme, notons que celui des Cars, certes concluant (on oublie rapidement qu'on a affaire à des voitures), a toujours fonctionné à double tranchant. En rajoutant des yeux, des dents voire des langues aux carrosseries numériques, soit autant de signes d'''humanité'' facilement identifiables, Lasseter se condamnait à réduire la portée de son pari, devenu un simple et amusant exercice de cartoon. La reconnaissance ne s'y apprivoise pas, elle est immédiate, moins subtile et moins mature que dans un WALL.E, où il s'agissait moins d'''anthropomorphiser'' la machine que de l'animer, au sens premier et étymologique du terme, c'est-à-dire de lui donner une âme (et ce n'est pas un hasard si les robots muets d'Andrew Stanton s'apparentaient moins à des hommes qu'à des êtres primitifs, des enfants, voire des animaux). De toute façon, là ne réside pas le fond du problème : l'empathie est d'entrée de jeu empêchée, parce que les personnages en eux-mêmes sont volontairement stéréotypés (exactement comme dans un James Bond : l'espion indestructible, la girl de service, le jeune premier arrogant, le plouc modeste au cœur-gros-comme-ça), quand ils ne sont pas sacrifiés sur l'autel de la vitesse (exemplairement Sally, la jolie Porsche du premier opus et copine de Flash McQueen).


The Walt Disney Company France        The Walt Disney Company France


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           Il faudrait alors, comme John Lasseter, faire table rase du passé et juger le film avec un regard neuf, sans la référence (peu avantageuse) aux précédents du studio. Pas facile, mais pas infaisable non plus : on est ici tellement éloigné des exigences habituelles qu'il faut parfois se pincer pour croire qu'on est bien devant un Pixar – mais si, pourtant, on l'a aperçu le logo de la lampe en début de bobine... On dira donc, à peu près objectivement, que Cars 2 est un spectacle de bonne tenue quoique pas exceptionnel ; à la technique excellente (chromos, reflets, textures, mouvements, même si on est encore loin de la virtuosité d'un Brad Bird) quoiqu'un peu bruyante et un peu criarde ; au ton parfois drôle (les clichés sur le Japon, la France ou l'Italie sont bien vus) mais aussi un peu mièvre ; au scénario plutôt malin mais aussi un peu déséquilibré, etc. Pas de quoi se relever la nuit, ni justifier la longueur d'un long-métrage. Reconnaissons tout de même que les appréhensions qu'il fait naître dans sa (longue) première heure de mise en place sont heureusement contrebalancées par un final réellement haletant dans les rues de Londres, où les fils de l'intrigue se dénouent dans une course-poursuite enfin maîtrisée, sur de bons rails. Le film y tente même une idée merveilleuse : piégés dans l'horloge de Big Ben, les héros sont contraints de faire tourner ses aiguilles à l'envers pour s'échapper, renversant ainsi la marche du temps (précisément à l'instant où Martin fait l'expérience de la conduite à l'envers des britishs, c'est-à-dire à gauche). D'autres, tels que Pete Doctor ou Andrew Stanton, auraient sans doute titillé la trouvaille dans toutes ses potentialités expressives, poétiques et narratives. Sauf qu'ici, si l'idée reste bonne, on la délaisse rapidement pour passer à autre chose, on glisse dessus comme sur le reste.

           Cette tendance à la sécheresse, plutôt inédite de la part de Pixar, déçoit légèrement. Car voilà, en fait, Cars 2, c'est exactement comme n'importe quelle suite : une débauche de ''toujours plus'', impressionnante et fière d'elle (les auto-citations permanentes, comme ici celles à Ratatouille... ou à Lasseter lui-même !), qui peine pourtant à dissimuler un manque général d'envie et de boulot. La remarque s'applique aussi à l'éternel court-métrage introductif, lequel, à nouveau, n'offre guère l'opportunité d'un terrain vierge à défricher – puisqu'il s'agit d'une prolongation du troisième Toy Story, sketch certes paresseux mais agrémenté de deux-trois punchlines qui font mouche. Pas de quoi tirer la sonnette d'alarme (on reste confiant pour l'avenir, et puis, n'exagérons rien, le film n'est pas atroce non plus), tout juste matière à regret : le miracle Pixar, ce ne sera pas pour cette année. Mais dans le fond, ce n'est pas bien grave ; et puis, bon, on s'en doutait un peu.


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Par fredastair
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Vendredi 22 juillet 2011 5 22 /07 /Juil /2011 15:00


Harry Potter and the Deathly Hallows, part 2, de David Yates (2011), avec Daniel Radcliffe, Emma Watson, Rupert Grint, Ralph Fiennes, Alan Rickman, Helena Bonham Carter, Michael Gambon, Ciaran Hinds, Maggie Smith, David Thewlis, Gary Oldman, Jason Isaacs, Helen McCrory, Tom Felton, Matthew Lewis, Evanna Lynch, Bonnie Wright, Kerry McDonald, Robbie Coltrane, Warwick Davis, John Hurt...

         La première partie des Reliques de la Mort, faisant suite à une série de déconvenues cinématographiques (les cinquième et sixième opus en l'occurrence), nous avait laissé sur une très bonne surprise en novembre dernier. Qualité retrouvée, prises de risques relatives mais assumées, belle mise en scène atmosphérique : David Yates réparait ses impairs passés en faisant preuve, enfin, d'une foi bien plus certaine envers ses propres capacités de cinéaste, et surtout envers le potentiel plastique et psychologique du matériau littéraire originel. Le découpage de l'ultime épisode en deux parties, s'il semblait répondre à de vils calculs commerciaux, donnait tout de même l'occasion au réalisateur et à ses scénaristes de prendre leur temps, d'épanouir les enjeux les plus profonds de la saga dans une ''pause'' narrative déconcertante, entièrement dévouée à la contemplation et aux tourments dépressifs de ses héros. Le résultat, d'un point de vue davantage cinématographique que visuel, était spectaculaire. Délestée de son sentiment d'urgence handicapant, de ses volontés d'exhaustivité stérile (l'impensable défi de caser huit-cent pages d'info en deux heures de métrage), la série consentait à se laisser happer à nouveau par le merveilleux noir et délétère impulsé par les romans de J.K. Rowling, au lieu de le singer (et donc de le louper) à grand renfort de filtres bleuâtres. En bref, Harry Potter ''seven.point.one'' nous redonnait confiance en l'indélogeable David Yates... ce qui n'était pas de la tarte, et encore moins du pudding.


Warner Bros. France





Le réalisateur David Yates sur le tournage. Warner Bros. France

Le réalisateur anglais David Yates, en charge des quatre (!) derniers épisodes de la série

          D'où vient alors que, malgré cet intérêt retrouvé, l'on attend et l'on suit les dernières aventures du poto Potter avec relativement peu de passion, alors même qu'elles sont censées clore une quinzaine d'années d'engouement médiatico-littéraire et visser un peu plus la figure du jeune sorcier au faîte de notre Panthéon culturel moderne? Le spectacle en lui-même, s'il n'a rien d'inoubliable, demeure d'une qualité incontestable. De retour au château Poudlard pour défoncer les derniers Horcruxes qui relient encore « You-know-who » à la vie, Harry et sa clique se préparent à affronter l'armée des Mangemorts dans une giga-guerre à l'issue définitive. Assault de John Carpenter meets Le Retour du Jedi. Loin de la platitude et des balbutiements de ses débuts, la réalisation de David Yates a considérablement gagné en fluidité et en maturité. Au détour de quelques séquences authentiquement vibrantes, dont la plus mémorable restera sans doute la construction d'un magnifique ''dôme'' de sortilèges autour des enceintes de Poudlard – véritable enchantement visuel filmé comme une poignante communion de cœurs et d'esprits –, le film laisse même entrevoir le chef-d'œuvre d'entertainment qu'il aurait pu être. Yates, dont l'aisance n'est désormais plus à prouver, témoigne d'une maîtrise absolue des règles du blockbuster, parfaitement soutenu par une photographie somptueuse et des effets spéciaux impressionnants. La 3D, si elle peine encore à se rendre nécessaire et ne lui apporte aucune ''plus-value'' artistique, si elle réduit quelque peu la beauté graphique de certains plans (en particulier les séquences de bataille, réduites en une bouillie post-Transformers), n'attaque pas trop les yeux et parvient à s'intégrer gracieusement aux images. Le film, contre toute attente, se pose même comme une synthèse plutôt convaincante de toutes les aventures cinématographiques précédentes : un peu d'Alfonso Cuaron (pour le soupçon de poésie gothique), beaucoup de Chris Columbus (pour l'''efficacité'' de faiseur) et pas mal de Mike Newell (pour la réelle ampleur du spectacle), sans oublier la touche David Yates, caractérisée par une insistance – pas toujours finaude – sur la dépression incurable du Survivant.


Matthew Lewis. Warner Bros. France          Daniel Radcliffe. Warner Bros. France


Rupert Grint, Daniel Radcliffe & Emma Watson. Warner Bros. France


Helena Bonham Carter & Ralph Fiennes. Warner Bros. France


           Et pourtant, on a peine à se laisser totalement emporter par un blockbuster qui donne d'abord l'impression de ne jamais démarrer (pénible première heure de mise en place, plate comme une baguette magique et chiante à mourir) puis de se terminer trop vite, sans avoir su déployer sa pleine intensité. Le problème, s'il y en a un, vient encore de David Yates, ou plutôt moins de Yates que de son incorrigible allégeance aux diktats de la Warner, et surtout à une encombrante communauté d'admirateurs fanatiques. Les Reliques de la Mort, deuxième partie se présente ainsi comme l'opus le plus fidèlement fidèle au roman d'origine, à la seconde près, ce qui contentera beaucoup de puristes du livre (capables de s'offusquer du moindre poil de traviole dans la barbe toisonnante d'Hagrid) mais n'est jamais très glorieux en terme de cinéma – on sait bien que la saga ne s'est jamais mieux épanouie qu'en prenant ses libertés avec Rowling, avec Le Prisonnier d'Azkaban, La Coupe de feu et la part 1 des Reliques. Résultat : ce dénouement en grande pompe nous donne exactement ce qu'on pouvait attendre de lui, et point barre. Par défaut, en résultent un cruel manque de liant dans les situations narratives, une solennité un brin pesante, et surtout une triste déférence envers le roman atteignant parfois des sommets de terre-à-terre. Lorsque le travail d'''illustration'' de Steve Kloves s'applique aux moments les plus faibles (l'épilogue pourrave ''dix-neuf ans plus tard'') ou aux idées les plus abstraites du bouquin, le film fonce logiquement droit dans le mur, d'une littéralité prévisible mais toujours désespérante – l'emblématique et fameuse séquence à King's cross, coincée dans un des décors de Tron l'Héritage, quasiment intraduisible à l'écran et ici pâlement recopiée. En restant ainsi collé au contenu et aux dialogues du roman, le long-métrage ne parvient jamais vraiment à décoller de son socle, quitte à se prendre les pieds dans un rythme imbitable, en dents de scie, où les scènes d'action succèdent mécaniquement aux séquences de révélation.

            Le grand perdant de l'histoire, c'est le montage. Besogneux et ostentatoire, on le sent constamment appliqué à alterner coups de bourre et coups de mou, souvent avec des effets de transition éléphantesques. On voit bien le modèle de grand spectacle hollywoodien ici visé, ''à l'ancienne'', quelque chose comme le Spielberg de Jurassic Park ou le Peter Jackson des Deux Tours, vrais maîtres du divertissement qui savent jongler entre rire, larmes et frissons avec une dextérité d'artisan. Sauf que la réussite d'un épisode du Seigneur des Anneaux (en l'occurrence la bataille du Gouffre de Helm, en ligne de mire du début à la fin) tient justement à ce qu'il suscite ces émotions contradictoires toutes en même temps, dans le tempo d'une même séquence, et non pas l'une derrière l'autre, en rang d'oignons. Malgré ses quelques petits succès (la mort du serpent, la destruction du diadème...), Yates n'est définitivement pas fait pour les morceaux de bravoure, lui qui n'a jamais autant brillé à l'écran que dans les instants de suspension ou les scénettes mélancoliques (les errances poudlardiennes de Drago Malefoy dans Le Prince de sang-mêlé, les piétinements frustratoires des Reliques de la Mort, la danse ambiguë sur O Children...). Sacrifiée sur l'autel de l'action, la partition d'Alexandre Desplat se noie sous les crissements des violons et les coups des tambours, tandis que les personnages secondaires perdent leur belle épaisseur de l'opus précédent, ravalés au rang de faire-valoir (Ron et Hermione) ou d'épouvantails grimaçants (Voldemort, very bad guy qui n'a finalement jamais rien eu d'impressionnant, malgré la présence a priori shakespearienne de Ralph Fiennes). Au moins le retour de certains outsiders, soudainement catapultés sur le devant de la scène, nous font un peu oublier la tronche patibulaire de Dan Radcliffe et apportent un semblant de fraîcheur à l'ensemble. Neville Londubat superstar, Minerva McGonagall déchaînée, sans oublier la belle sortie de route de Severus Rogue, ici dévoilé sous un jour nouveau... En cela, ces Reliques de la Mort restituent bien l'ambiance d'adieux mortifères du roman ; mais sans la surpasser, sans l'imprégner d'une ''patte'' d'auteur qui l'emmènerait vers autre chose, vers ailleurs – comme Alfonso Cuaron avait enduit Le Prisonnier d'Azkaban de sa personnalité pour en faire un opus purement ''cuaronien'', un conte graphique pour adultes, rendu au simple merveilleux.


Ralph Fiennes & Daniel Radcliffe. Warner Bros. France


         On n'en voudra ni à Yates, qui fait bien son boulot, ni à la Warner qui ne se fout pas de nous non plus. On n'en voudra à personne en particulier, pour une simple et bonne raison : ça fait belle lurette qu'on n'attend plus rien des Harry Potter sur grand écran. Bel ouvrage, modeste dans ses intentions, sans grandes surprises et fade comme tout, l'ultime opus de David Yates se déguste comme tel et se situe dans une moyenne largement honorable. L'exacte moyenne de la saga ciné, en somme... qui, avouons-le, n'aura guère brillé par son audace et son excellence. A quelques écarts près (en particulier Le Prisonnier d'Azkaban, le seul à acquérir une autonomie artistique), c'est de la ''qualité certifiée'', étendue sur dix ans et peu palpitante, quoique parfaitement ancrée dans l'époque qui lui sert de cadre : noire, pessimiste, mobile, numérique, comme les années 2000 – de la même manière que Columbus, pour L'École des sorciers, accusait encore son appartenance à la décennie 90, plus lisse, plus niaise, entièrement dévolue à l'enchaînement des situations. Ce huitième film met fin à l'aventure avec dignité (certes), mais sans parvenir (non plus) à nous arracher à cette relative indifférence. Harry Potter et les Reliques de la Mort, deuxième partie : un (bon) petit tour, et puis s'en va.


          


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Par fredastair
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Mercredi 20 juillet 2011 3 20 /07 /Juil /2011 15:00



The Trip, de Michael Winterbottom (2011), avec Steve Coogan, Rod Brydon, Margo Stilley, Marta Barrio, Ben Stiller...

          L'humour anglais a encore frappé. Alors que l'ahurissant I'm still here vient de sortir sur les écrans français, nous livrant sa version de l'enfer hollywoodien à coup d'ironie trash et de vomi verdâtre, Michael Winterbottom propose The Trip, mini-série de la BBC muée au format cinéma, étrange comédie british sur les turpitudes d'un acteur-vedette en pleine crise de la quarantaine. Moins violent mais tout aussi grinçant que son homologue américain, dont il est le parfait complément, The Trip fraye également du côté du faux docu, entre réel et fiction, où chacun interprète son propre rôle dans un même souci d'autodérision-flagellation. La cible du jour s'appelle Steve Coogan, parti sur les routes de la campagne anglaise avec son ami Rod Brydon (lui aussi comédien, célèbre au Royaume-Uni pour ses imitations) pour faire la tournée des grands restaurants, s'accordant ainsi une ''pause'' en dehors du star-system. Démarré comme un classique buddy-movie, la farce ''en abyme'' tourne rapidement au vinaigre et révèle une réelle acidité, les dialogues (extrêmement affûtés) ayant pour fonction de creuser un peu plus dans la chair de ses personnages – en l'occurrence Coogan, comédien réputé mais en grosse perte de vitesse, pisse-froid marinant dans un confort bourgeois qui l'aigrie, l'enferme dans ses certitudes et endort son talent.





           Le film trahit plus d'une fois son origine "sérielle" en jouant de la répétition : chaque journée est l'occasion d'un nouvel ''épisode'' et égraine son lot de belles tablées, de conversations oisives, d'imitations hardcore (et là c'est un vrai festival, savoureux à condition d'avoir une solide culture anglophone : Michael Caine, Sean Connery, Ian McKellen, Anthony Hopkins...) et de paysages pluvieux. Pourtant, s'il y a routine, elle n'ennuie pas et rappelle plutôt celle d'un Woody Allen – ironie mordante et charge existentielle comprises. Mine de rien, le film livre une réflexion approfondie sur l'avenir du comédien-roi et l'idée d'un certain modèle du star-system, aujourd'hui obsolète et dépassé. Au point de rappeler une autre comédie vacharde, elle aussi ''en abyme'' : l'excellent Tonnerre sous les Tropiques, de l'acteur-réalisateur Ben Stiller, lui-même rôdé à l'exercice d'autodérision (il offre ici à nouveau un caméo hilarant, après ceux de I'm still here). Manque seulement un Winterbottom en forme derrière la caméra pour donner un peu plus de sel et de piquant à l'entreprise : le cinéaste touche-à-tout (qui a aussi bien goûté à la comédie qu'au drame, au thriller, à la SF, au film historique, au film politique...) a démontré davantage d'audace dans le passé que dans cette plate réalisation, faussement documentaire et véritablement télévisuelle. The Trip pouvait aussi se passer de son dénouement mélo et un brin clichetonneux, vantant les valeurs de la fidélité et du mariage face à la solitude du vieux séducteur. Toutefois, un produit cinéma ''compressé'' qui donne envie d'aller regarder la série en entier, c'est tout de même bon signe, non ?

Le film sort aujourd'hui en France. La critique complète est ici, sur le site Avoir-Alire.com.




Par fredastair
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Lundi 18 juillet 2011 1 18 /07 /Juil /2011 15:00


I'm still here - The lost year of Joaquin Phoenix, de et avec Casey Affleck (2010), avec Joaquin Phoenix, Anthony Langdon, Larry McHale, Sean "P. Diddy" Combs, Ben Stiller, Edward James Olmos, David Letterman...

           On avait cru, à tort, que Joaquin Phoenix avait trouvé le rôle de sa vie dans son (soi-disant) dernier film, l'immense Two Lovers, avant de ''raccrocher'' et de se lancer dans le hip-hop, comme il l'avait annoncé il y a deux ans dans un surprenant barnum médiatique. De quoi laisser orphelins et désespérés des milliers de fans, avec une belle impression de gâchis, et pour cause : Phoenix s'était ni plus ni moins affirmé comme l'acteur le plus talentueux de sa génération, au long d'une carrière écourtée et qui trouva, dans le drame bouleversant de James Gray, une apothéose tout autant qu'un chant du cygne. Tout cela, c'était sans compter sur ce I'm still here, mystérieux objet de curiosité, guetté avidement depuis une petite année déjà. Tourné par son beau-frère et acteur Casey Affleck – lui-même un expert ès ambiguïtés –, ce vrai-faux docu allait au contraire nous prouver que Phoenix, au risque d'y laisser des plumes, avait décidé de dépasser la performance pour faire un rôle de sa propre vie. Et un rôle à sa mesure.

          La première image d'I'm still here nous montre, de manière plutôt poignante, une vidéo d'enfance dans laquelle le petit Joaquin, après moult hésitations, finit par plonger dans un bassin naturel du haut d'un rocher. Tout le film ne nous montrera que cela : un type qui se décide à se jeter à l'eau, contre vents et marées, jusqu'à une possible noyade. Et c'est vrai que la démarche de Phoenix, qu'elle soit avérée ou mythonée (mais il semble que la deuxième option soit la bonne, comme l'a avoué le comédien il y a quelques mois), a quelque chose de complètement kamikaze, à la fois pour sa carrière et pour sa crédibilité d'artiste. A moins d'y voir l'expression d'un jusqu'au boutisme forcené qui l'emmènerait très loin : en tant qu'acteur d'abord, il pourrit sciemment deux ans de sa vie et une décennie de notoriété (bien gagnée) pour les besoins d'une ''expérience'' dramatique au long cours ; en tant qu'homme, il est appelé à dépasser toutes ses limites, quitte à ce que le canular, si seulement c'en est un, devienne vite flagrant. Sur ce dernier point, le bât blesse un peu : difficile de croire à ce ''JP'' ravagé, survolté, continuellement sous coke, en train de balancer comme des torpilles les coups de gueule (mal chantés) sur le système hollywoodien, le tout produit par P. Diddy...



le réalisateur débutant Casey Affleck


            Le documenteur de Casey Affleck a quand même ce mérite de ménager l'incertitude entre les régimes de réel et de fiction (et ce bien qu'il mette en scène un chapelet de situations toutes plus extrêmes et improbables les unes que les autres, ce qui reste fortiche), voire de les annuler tous deux au profit d'autre chose : une satire sanglante de la célébrité et de ses revers, aussi fascinante que corrosive. Crado, malpoli et méchant, comme son interprète principal, I'm still here montre moins les coulisses du tout-Hollywood que ses arrières-cour blafardes et ses locaux à poubelles, avec une crudité rarement vue à un tel degré. Putes, crack, vomi et défécations en tout genre, rien ne nous est caché (ce qui accuse aussi l'évidence de la supercherie), sous l'œil à la fois moqueur et éberlué d'une poignée de vedettes, dont il devient difficile de savoir si elles sont dans le coup ou non – Mos Def, David Letterman, Edward James Olmos, Sean Penn, P. Diddy... Le film, qui n'a rien à envier à un Borat sur ce terrain là, pose ainsi un regard cinglant sur les fausses connivences d'artistes autosatisfaits, ne manquant jamais une occasion de se planter des poignards dans le dos après deux-trois sourires de circonstance – voire à ce titre les rapports sadomasochistes entre Phoenix et son assistant, ou encore les deux apparitions absolument tordantes de Ben Stiller. Affleck, d'autant moins miséricordieux qu'il semble connaître ce système par cœur, emballe le tout dans une série de jump cuts rapides et sans répit, sur le rythme haletant d'une descente aux Enfers, copieusement alimentée par les buzz Internet et les mises à mort publiques (le fameux Letterman show, apothéose manifeste du film, ici disséqué avec un joli sens de la distance).


            

 



          Sans rester accroché à cette attaque généralisée contre le bûcher des vanités, d'une drôlerie souvent dévastatrice, I'm still here s'autorise de nombreuses pauses qui, si elles nuisent quelque peu à son énergie (on recense plusieurs baisses de régime), permettent d'approfondir le portrait en biais de son protagoniste. Le long-métrage en devient carrément glaçant, gênant, en ping-pong constant entre la farce et la tragédie – on ne compte plus les instants où on ne sait plus s'il faut en rire ou en pleurer. Sur le statut inconfortable du spectateur, partagé entre moquerie, compassion et remises en question personnelles, Casey Affleck fait indéniablement mouche, donnant à son ''expérience'' des allures d'inédit, et ce même si le terrain de la déconstruction-foutage de gueule a largement été ratissé avant lui (par Borat et Brüno, par Forgotten Silver, par le ''banskyen'' Faites le mur...). Comme dans le récent Pater de Cavalier, dont I'm still here pourrait être le versant trash et dégueuli, l'exercice de faux permet de délivrer quelques vérités fondamentales, humaines, voire philosophiques : sur le devenir-acteur, sur les compromissions qui pavent nos existences et leur nécessaire atomisation, sur les rêves qu'on a oublié de réaliser... Au final le discours d'Affleck, s'il est entièrement calculé, s'avère d'un pessimisme noir. Pas étonnant que le morceau « I'm still here », ''composé'' par Phoenix, donne son titre au film tant il est emblématique de son esprit, de sa prière : affirmer, non sans violence, ce qu'on veut faire de sa vie pour respecter ce qu'on est, tout en revendiquant sa place dans ce monde. C'est d'ailleurs l'une des rares chansons à peu près potables de son répertoire, que le rappeur en herbe réussit presque à scander dans une boîte de Miami, avant de tout faire foirer dans un règlement de comptes pathétique avec l'un de ses détracteurs.

           Reste alors le portrait cruel, presque abstrait et finalement émouvant du mystère Phoenix, être protéiforme et torturé, artiste/fumiste écorché. Dans les précédents de sa carrière, tels Two lovers ou Walk the line, l'acteur avait déjà laissé entrevoir cet abîme de folie qui, ici, le saisit tout entier. Phoenix a toujours eu cette manière heurtée d'enfant maladroit, de colosse fragile de nous faire ressentir les émotions les plus profondes et les plus intenses avec une vérité qu'on sent puisée au fond de lui-même, loin de l'exercice d'Actor's studio (au passage, notons que DiCaprio s'en prend plein la poire). C'est peu de dire que, comme jamais, le film de Casey Affleck lui donne l'occasion de mettre ses tripes sur la table. Et si I'm still here ne possède peut-être pas, au bout du compte, toute la puissance escomptée, s'il glisse parfois sur quelques artifices un brin convenus (le final à la campagne, près des ''vraies valeurs'', loin des sirènes piégeuses de Los Angeles), il permet au moins d'ériger Phoenix en absolu paradoxal de l'acteur, monstre vulnérable qui se brûle les ailes pour mieux renaître de ses cendres. Y parviendra-t-il ? « Je suis toujours là », affirme et implore le titre du film. Le plus intéressant, sans doute, est à venir.





Par fredastair
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